Comment fonctionne la retraite du médecin libéral ?
Le médecin libéral cotise obligatoirement à la CARMF (Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France). Sa pension se construit sur trois régimes qui se cumulent, auxquels s'ajoute une couverture invalidité-décès. C'est cette superposition qui rend le calcul peu lisible — et la préparation souvent trop tardive.
Comprendre la part de chaque régime est la première étape pour anticiper : chacun obéit à ses propres règles d'âge, de cotisation et de calcul.
Trois régimes obligatoires
- Le régime de base (CNAVPL) — géré par la CARMF, par points. Il pèse environ 22 % de la pension moyenne.
- Le régime complémentaire CARMF — le plus important (45 % de la pension). La valeur du point est revalorisée périodiquement et l'on acquiert un point par tranche de revenu, dans la limite de 10 points par an.
- Le régime ASV (Avantage Social Vieillesse) — réservé aux médecins conventionnés, il représente environ 33 % de la pension et est cofinancé aux deux tiers par l'Assurance Maladie pour le secteur 1.
Des cotisations élevées
Les cotisations vieillesse d'un médecin libéral représentent une part substantielle du revenu, réparties entre base et complémentaire (dans la limite d'un plafond), auxquels s'ajoute l'ASV (part forfaitaire et proportionnelle, plus lourde en secteur 2). À titre d'exemple, pour un BNC de 60 000 €, l'addition des régimes dépasse fréquemment 15 000 € par an.
Pour un médecin de secteur 1, l'Assurance Maladie prend en charge les deux tiers de la cotisation ASV. Un déconventionnement, ou un exercice en secteur 2, modifie sensiblement ce volet — et donc près d'un tiers de votre future pension.
Âge de départ et taux plein
L'âge légal d'ouverture des droits est porté à 64 ans, et le taux plein s'obtient à 67 ans (ou avec 172 trimestres). Particularité appréciable : la CARMF n'applique pas de décote sur les régimes complémentaire et ASV, même en cas de liquidation de la base à taux réduit. À l'inverse, reporter son départ au-delà du taux plein déclenche une surcote de 1,25 % par trimestre, soit 5 % par an.
Le vrai enjeu : la chute de revenus
Avec un revenu d'activité souvent proche de 100 000 € par an et une pension moyenne CARMF de 2 829 € par mois, l'écart représente une baisse de niveau de vie d'environ 65 %. Plus le revenu est élevé, plus l'écart se creuse en valeur absolue : les régimes obligatoires sont plafonnés, et seule une épargne anticipée permet de compenser.
Réversion et prévoyance
En cas de décès, le conjoint survivant peut percevoir une pension de réversion, dont les règles varient selon les régimes concernés, sous conditions. Le régime invalidité-décès de la CARMF complète ce dispositif pendant la vie active : il ne remplace pas un contrat de prévoyance individuel, souvent nécessaire pour maintenir le niveau de vie de la famille.
Les leviers d'optimisation
- Le Plan d'Épargne Retraite (PER) — les versements sont déductibles du revenu imposable ; avec une tranche marginale fréquemment à 41 %, l'économie d'impôt réduit nettement le coût réel de l'effort.
- Le rachat de trimestres — utile pour compléter une carrière démarrée tardivement (internat, années de remplacement).
- Le report du départ — pour activer la surcote sur l'ensemble des régimes.
- Le cumul emploi-retraite — fréquent chez les médecins ; ses règles évoluent régulièrement.
- L'anticipation de la cession — patientèle, parts de SEL ou de SCM : un moment clé, à la fois fiscal et patrimonial.
Le bon levier dépend de votre âge, de votre secteur de conventionnement et de votre horizon de départ. La simulation donne une première lecture chiffrée en quelques minutes, qu'un conseiller peut ensuite affiner.
Sources : CARMF, CNAVPL (paramètres en vigueur). Les montants moyens sont des ordres de grandeur et ne constituent pas une simulation individuelle.